samedi 19 août 2017

Trois mots pour un vin: 100 pour 100

La cuvée 100 pour 100 sur 2014 du Domaine de Quissat de Rémy Delouvrié porte très bien son nom avec l'impression dès le départ d'avoir juste mis des raisins dans la bouteille et point.
Le merlot (75%) et le cabernet franc (25%) composent ce vin.
Le premier mot qui me vient aurait pu aussi être le nom de la cuvée: "Comme avant". C'est vraiment l'expression d'un vin comme, j'imagine, on pouvait le faire il y a 50 ans, lorsque les papés de maintenant travaillaient leurs vignes sans produit de synthèse et que tout se faisait naturellement à la cave.
A l'ouverture, Le nez dégage un coté épicé avec le poivre.
La pistache et la noisette l'accompagnent, le tout sur une base de fruits rouges écrasés avec comme un brin d'air frais dans le verre pour donner un bel équilibre à l'ensemble.
En bouche c'est l'authenticité même, avec un petit coté rustique apporté par des tannins qui vont s'assouplir au fur et à mesure que le vin va prendre l'air. La matière est bien présente avec de la richesse.
De très beaux amers vont venir après 1 heure et ce vin vivant va devenir très complexe grâce à l'arrivée de la craie, une gomme blanche par moment et un coté poudré. C'est aussi très intense et ça m'embarque dans un puits en plein milieu des vignes. Le seau va puiser tout au fond non pas de l'eau mais la quintessence de ce que le sol renferme !!!
Le lendemain la bouche est soyeuse et dense à la fois avec une acidité tout en touché qui étire le vin sur la longueur.
Une cuvée qui apporte beaucoup de plaisirs et vous donne une vraie idée de ce que peut être un vin sans artifice qui ne demande qu'a être bu sans retenue...


mercredi 10 mai 2017

"Rencontres" avec Didier Gerin

J'ai rencontré Didier Gerin il y a quelques jours et je dois dire que ce vigneron est plein d'idées. Par contre il n'a pas d'idées reçues bien au contraire car c'est plutôt quelqu'un d'ouvert qui a l'air toujours prêt à écouter ou essayer des choses à partir du moment ou elles respectent la nature.
Il paille ses vignes qui sont parfois sur des pentes avoisinant les 70% de dénivelé et utilise la confusion sexuelle, une méthode de lutte biotechnique qui perturbe l'activité sexuelle des ravageurs de la grappe et limite ainsi les eudémis et les cochylis (ver de la grappe ou tordeuse). Ses vinifications se font sans rien ajouter aux raisins qu'il se contente de faire fermenter naturellement sans la rafle. Il est très sourcilleux de ses sols et avoue goûter parfois la terre mais sur ce coup là je le suis sans problème puisque je concède m'y être aussi essayé ...
Son prochain "concept" est vraiment intéressant et fait pas mal réfléchir. C'est une vinification dans des amphores ouvertes et semi-enterrées au milieu des vignes, pour que tous les pieds puissent "voir et ressentir" le chemin de leur vie. De la naissance dans la terre grâce à leurs racines jusqu’au stade final avec ce jus qui devient du vin en plein air, là ou les raisin ont pu s'épanouir. Un chemin de vie qui forme une boucle en se referment sur lui même...
J'ai hâte de voir ce que cela pourrait donner.

Sinon j'ai aussi rencontré ses vins avec en premier lieu son vin de pays qui est une vraie petite bombe de fruits frais qui vous emmène sur les chemins de la gourmandise avec beaucoup de justesse. Un assemblage de cinq cépages qui donne envie de boire du vin sans retenue.
Et puis j'ai goûté La soute est Reine 2009, son Cote rôtie.
On situe tout de suite ce vin dans son appellation d'origine mais on a aussi tout de suite l'identité du vin nature avec un nez plein qui est légèrement viandé. C'est complexe avec des groseilles, le chocolat noir, le poivre, des baies de genièvre et une belle pistache.
La bouche est construite sur l'acidité avec une légère texture granuleuse qui n'empêche pas le vin d'avoir de la classe.
Les pages d'un livre tournent lentement à mesure que le vin s’épanouit en bouche.
On y retrouve légèrement le poivre, une belle rétro sur la pistache ......et par moment un côté terreux passe pour aussi s'inviter dans mon verre.
Après une heure, une rétro sur le cigare m’emporte complètement avec un animal au corps de cheval et à la tête d'aigle qui plane au dessus de magnifiques vignes grâce à d'énormes ailes blanches qui lui donnent une dimension phénoménale. Sa présence donne à ce "tableau" naturel et paisible une grandeur majestueuse .
Cette cuvée fait partie des vins qui peuvent vous marquer et j'ai déjà hâte de la rencontrer sur un autre millésime.
Didier Gerin est certainement un vigneron référence en vin qui se rapproche le plus possible de la nature et j’espère pouvoir lui rendre visite un jour pour voir ce que sa passion donne aux vignes.








dimanche 19 février 2017

Trois mots pour un vin: "l'ivraie"

Je viens de découvrir une sacrée bouteille, L'ivraie de Jérôme Jouret.
C'est un assemblage d'ugni, de viognier et de clairette.
Comme je n'avais jamais goûté de vin de ce vigneron, pas d'à priori mais juste mes impressions brutes du vin dans le verre.
Je vais commencer par la bouche pour une fois parce que c'est ce qui marque le plus sur cette cuvée.
J'ai pris d'entrée une grosse claque avec une "explosion de peps" qui reste sur toute la longueur du vin, et comme ça dure un bon moment, j'ai vraiment pris beaucoup de plaisir.
Un peu de gras apporte un beau volume pour donner à l'ensemble une dimension incroyable, un vin intense.

Le coté "nature" (ou libre, ou pur pour les réfractaires à ce terme pourtant si bien approprié) ne se cache pas mais apparaît juste par moment avec l'impression d'avoir un jus sortie de cuve puis l'instant d’après ... le vin bascule sur quelque chose de plus classique avec cependant une texture emprunte de classe. Très surprenant !!!
Quant au nez, avec une trame de gingembre qui sert de "plateau" au reste, il développe pas mal d’arômes qui se succèdent ou s'entremêlent: des fleurs blanches, avec le muguet en tête, un concentré d'orange amère tout en touché, le melon, l'amande douce, la pomme et aussi un coté contrasté entre mordant et délicatesse qui évoque la bouche et vous embarque à l'intérieur d'une grosse bulle de douceur dont la paroi épineuse est inoffensive puisqu'elle est juste là pour vous caresser de toute cette palette d'effluves aromatiques.
Les presque 13° de cette cuvée passent complètement inaperçus, emportés par la fraîcheur qui apporte à ce vin très vivant de la fluidité, l'impression que ça coule ... comme de l'eau.
Une très belle découverte donc que ce vin Ardéchois qui s'exprimait pleinement sur la belle assiette de thon albacore mi-cuit et fumé que Jehan Colson proposait hier midi sur la carte
de La Fabrique.
Un vin à boire sans aucune modération !!!



samedi 7 janvier 2017

Le bonheur est dans la vigne ... ou aux caves du soleil

Le bonheur est dans la vigne ça c'est sur et en plus ça sonne comme un titre de roman. Enfin c'est sur mais ça c'était avant ..... avant mon départ pour La Réunion et donc des copains vignerons qui se retrouvent bien loin du coup, à quelques 11 000 kilomètres ...
Alors comme je vous en avais parlé il y a quelques semaines mon tour des cavistes de l'île m'a fait tomber sur Franck, aux caves du soleil.
Dès que je suis rentré dans cette cave, j'ai su que ça pourrait être l'endroit ou je viendrais me ressourcer et ou le mot vigneron prend tout son sens. Des cuvées qui m'étaient familières de Vincent Caillé, Marc Kreydenweiss ou Fabien Jouves cotoyaient d'autres que je n'allais pas tarder à découvrir comme le triple zéro de Jacky Blot ou bien les rosés du domaine Saint André de Figuière.
Et puis le discours sans détour de Franck qui colle aux idées que j'ai sur le monde du vin a tout de suite fait que le courant est passé entre nous. Ensuite il y a la cerise sur le gâteau avec les menus qui jalonnent la quinzaine de couverts que la cave peut accueillir le midi. Franck a tourné dans quelques cuisines étoilées et du coup ses assiettes sont délectables, surtout ses Risotto. Celui de la semaine dernière qui est en photo m'a encore enchanté car il était à l'encre de seiche et accompagnait des Saint Jacques juste poêlées à souhait. Une petite touche de folie avec une feuille d'ail des ours ponctuait le tout délicatement.
En plus son épouse Corinne n'est pas sans intention lors du service ce qui fait que j'y est déjà mangé une dizaine de fois pour autant de régalades.

Ce jour là on avait accompagné le tout d'une nouvelle cuvée de la cave, "primitif" du domaine savoyard Giachino. C'est un vin issu du cépage Jacquére qui tire juste un peu plus de 10 degrés. Avec si peu d'alcool j'avais peur que ce soit trop mou ou bien trop tranchant. Et bien non, l'équilibre était là et la fraîcheur donnait une bonne impression de jus de raisin juste pressé qu'un coté floral accompagnait.
Le perlant du vin a aussi très agréablement enchanté la dégustation. Par contre attention car une cuvée de cette trempe descend à une vitesse phénoménale !!!
Bon je ne vous parle pas des plateaux de charcuterie et fromage pour l'apéro du soir, du saumon, du brie truffé et autre coppa, sinon vous allez avoir faim alors que ce n'est pas l'heure.

Alors si vous passez par La Réunion ou que vous habitez sur cette merveilleuse île et que vous êtes amateur de vin, Les caves du soleil est une étape obligatoire. Maintenant si vous êtes en métropole c'est dans les vignes qu'il faut "courir" pour savoir ce que le mot vigneron signifie réellement.







lundi 31 octobre 2016

Trois mots pour un vin: "Fief des coteaux"

J’apprécie beaucoup les vins blancs de Vincent Caillé car ils prennent souvent le contre-pied de ce qui se fait. Ce sont des vins qui ont de la personnalité et ce Sèvre et Maine de 2014 ne déroge pas à la règle. C'est un très beau blanc qui me "donne" tout de suite le mot iodé à l'attaque. Je dis donne car le vin se livre entièrement que ce soit au nez ou en bouche et on a le meilleur instantanément.
L'abricot sec et la reine claude sont là, la cerise passe par moment pour un nez légèrement poivré.
Un peu de gras apporte à la bouche une ampleur assez inhabituelle sur ce type de vin blanc de Loire. Une touche d'acidité est là mais juste pour surligner l'ensemble, jamais tranchante, c'est un petit fil conducteur qui sert à vous emporter sur une longueur tellement surprenante que l'on peut quasiment oublier d’où ce vin vient, voir même d’où l'on vient.
Du grand art pour un vin qui me transporter dans une piscine naturelle nichée en plein 
cœur d'un volcan. Si vous voulez vous faire envelopper d'un bonheur lancinant, c'est dans ces eaux qu'il faut venir se baigner ...
Ce vin s'est exprimé pleinement sur la salade de saumon mais à ma grande surprise
il était complètement transcendé avec un beau brie truffé qui mettait en avant sa
 minéralité et une cerise éclatante.
C'est vraiment avec plaisir que j'ouvrirai à nouveau cette cuvée qui semble me parler
de son terroir !!!




jeudi 29 septembre 2016

Du vin ...... de rosé

Le domaine Saint André de Figuière, j'en avais un souvenir lointain mais impérissable,
une bouteille que j'avais bue il y a bien 6 ou 7 ans et qui était certainement le rosé qui avait le plus marqué ma vie de dégustateur parce que c'était un vin avant tout.
Et puis plus rien sur ce domaine dans mon entourage, que ce soit en dégustation privée,
sur les salons ou bien chez des cavistes et bars à vins où je passais.
Depuis mon arrivée sur L'île de La Réunion, je fais le tour des cavistes de Saint-Denis, histoire de voir où je pourrais dégoter quelques bouteilles intéressantes. Après quelques achats à droite et à gauche, j'ai trouvé il y a peu de temps un vrai caviste, un passionné de vin et ......enfin bref, je crois que Les caves du soleil va devenir mon nouveau QG !!!
En plus, comme par hasard, Franck, un passionné de vin qui depuis 11 ans a ouvert cet endroit, est copain avec la famille Combard du domaine Saint André de Figuière.
C'est donc chez lui que j'ai trouvé la cuvée Première de Figuière qui nous intéresse aujourd'hui.
Ce vin est normalement un rosé mais si vous le dégustez à l'aveugle je pense que vous serez certainement sur des impressions que vous pouvez ressentir avec un blanc.
Le mourvèdre est le cépage majoritaire de cette cuvée qui est le haut de gamme du domaine.
La couleur est vraiment surprenante, un rose pale qui donne l'impression d'une longue patine et renvoie tout de suite vers quelque chose de raffiné. Le nez "respire" aussi la classe avec une complexité incroyable et surtout rien de débordant: une belle fraise sans trop d'exubérance, la mandarine, des fleurs blanches par moment, la fleur d'oranger aussi,
un soupçon d'anis entremêlé avec le gingembre, la groseille blanche ou rosée ..... enfin plein de choses qui captivent mon âme.
En bouche, le gras du vin donne de l’opulence et en même temps ...... il se dégage un tel sentiment de clarté que la fraîcheur est là. J'ai presque une impression de gomme blanche, comme si ce vin était un liquoreux. Des épices complètent cette attaque.
Ensuite, le vin s'allonge, s'étale, prend toute la bouche avec un coté langoureux qui reste sur le milieu de langue et m'embarque au "fond" du vin, comme une vague lorsque le rouleau vous prend et vous enmène avec lui dans le fond, dans l'abysse d'un vin issu de pieds de vignes qui tapisseraient les fonds marins.
Une éphémère rétro sur la cerise ponctue le tout.
J'adore et je pense que je vais en boire quelques bouteilles durant l'été Austral qui arrive à grand pas ici !!!
Ce rosé complexe et équilibré a une telle longueur qu'il me fait dire que c'est du vin ......
de rosé.



samedi 13 août 2016

Au delà des océans !!!


moi: Je vous embarque avec moi?
toi: Où ça?
moi: Loin, très loin de la France et en même temps toujours en France...
toi: Euh, en Polynésie peut être?
moi: Non non, même s'il y a du vin là-bas aussi, là c'est un peu moins loin. Cilaos vous connaissez?
toi: Non?
moi: C'est un village perché à 1200 mètres d'altitude qui se trouve au centre de L’île de La Réunion, à 11 heures de vol de Paris.
C'est seulement après 395 virages que l'on arrive dans ce cirque naturel oû les vignes y sont plantées depuis plus d'un siècle. Pendant l’hiver Austral les températures du matin oscillent entre 0 et 5 degrés pour culminer à 16 dans l'après midi. Un micro-climat qui permet d'avoir une vendange manuelle par an, entre Janvier et Février quand l'été a bien fait mûrir les raisins gorgés de jus.
C'est donc le premier vin français.
toi: Rien que ça !!!
moi: Et bien oui, quand on réfléchit un peu on s’aperçoit vite qu'a partir d'avril les jus sont prêts à être mis en bouteille, alors qu'en métropole les bourgeons sont juste en train d’éclore. Le premier vin français est donc Réunionnais.
Enfin ça c'est vrai si un cyclone n'est pas passé par là pour tout emporter sur son passage, parce que dans l’océan Indien cela arrive assez souvent ...

Tout le monde fait du vin à Cilaos mais je me suis arrêté sur le blanc du chai de Cilaos. Une quinzaine de vignerons se sont regroupés sous ce nom. Alors même si faire du vin sous les tropiques en essayant de garder un équilibre financier n'est pas une chose aisée au vue des faibles rendements,
ils s'accrochent à leur projet ambitieux, à l'image de  leurs pieds de vignes qui poussent dans les sols volcaniques de ces terrains accidentés. On ne parle pas de bio ici mais comme ils n'ont pas les moyens d'acheter de produits phytosanitaires, les coopérateurs trouvent des plantes locales pour faire des préparations en cas de maladie.
De la biodynamie sous les tropiques quoi.
Ce blanc sec issu majoritairement de chenin a d'entrée des senteurs de fleurs blanches pour ensuite basculer sur un nez exotique avec l'eau de coco, le citron vert et de l'ananas par moment. La bouche est tendue avec une bonne persistance qui se termine par une petit rétro sur la noix de coco qui est la bien venue car elle adoucit cette acidité presque trop tranchante. Le tout est homogène et les 12.5° d'alcool sont très bien intégrés.
Je n'avais jamais bu de vin issu de sol volcanique avant ce blanc et je suis surpris par cette cuvée qui me donne envie de me resservir. La comparaison avec un vin de métropole est assez facile à faire et je pense que dans une dégustation à l'aveugle, il passerait pour un vin de Loire même en étant un peu atypique.
Voilà donc un peu d'exotisme en bouteille qui fait rêver et vous embarque pour un voyage ou plutôt un décollage au delà des océans !!!